Un court commentaire pour partager l’horreur que j’ai ressentie en lisant un courrier du lecteur dans La Presse il y a quelques jours. L’auteur parle d’avortement et d’euthanasie, deux sujets brûlants, en faisant abstraction totalement que lorsqu’on parle d’avortement, on parle des femmes. «Menacée au début et à la fin», sa thèse est que le choix individuel prime aujourd’hui sur le don de la vie que l’on faisait autrefois lorsqu’il est question de famille. Mais pas une fois il ne dit le mot femme : «Chaque année, depuis 1980, environ 30 000 enfants ne naissent pas à cause du choix que quelqu’un fait à leur place.» Du choix que quelqu’un fait à leur place, bonyenne !!!

Bienvenu en 2009, môsieur ! Sans se contenter de déposséder totalement les femmes de leur pouvoir reproductif, il les accuse (en plus !) de causer le déséquilibre démographique si dangereux pour un «petit peuple» comme le nôtre. Il est détestable de culpabiliser, d’accuser les femmes (avec des arguments nationalistes douteux), après les avoir aussi grossièrement dépossédé de leur identité biologique spécifique tout au long de l’article…

Avec de grands mots, il y va par là : «Jadis, la vie était un don. Maintenant, la vie est un choix. Un choix pris par d’autres, alors que l’intéressé, lié à ce droit des autres, n’a aucune possibilité de dire s’il est d’accord ou pas avec le choix pris en son absence. »

Bien entendu, cette lettre d’un lecteur de La Presse exprime son opinion personnelle (une belle rhétorique anti-choix comme on en entend mille fois), mais je souligne parce qu’il reste important de se rendre compte comment on utilise les mots à des fins très précises pour passer un message. Certains discours méritent qu’on les scrutent attentivement, à la loupe, pour ne pas se faire berner… Car cet article était écrit correctement, mais les mots choisis par l’auteur étaient très…heum…évocateurs. Qu’en pensez-vous ?