Drôle de concert dans les rues du Québec ces jours-ci… Sur fond de grève étudiante, suivant l’adoption de la Loi 78, un tintamarre spontané de casseroles résonne dans les rues de nos villes chaque soir, pour protester contre un gouvernement qui continue de mépriser la mobilisation étudiante et d’ignorer le ras-le-bol citoyen. Ces manifestations tonitruantes rallient comme jamais depuis le début de la grève: on y voit parents, enfants, personnes issues des communautés culturelles, personnes âgées, mascottes (!)…

On ne devrait pas s’en surprendre.

En effet, quoi de mieux que des casseroles, pour se réunir dans la rue? Symbole inclusif, à la portée de tous et de toutes, sans distinction de milieu social, d’âge, de capacités, de genre, de race… Une casserole, c’est un objet du quotidien, que l’on détourne pour le rendre politique. Une casserole, cela rappelle tous les repas cuisinés pour la famille, pour soi-même, pour les autres, c’est un symbole rassembleur et nutritif (nourrir la révolution?).

C’est certainement la raison pour laquelle les « cacerolazos » sont un moyen de contestation éprouvé en Amérique latine. D’abord utilisées au Chili en 1971 pour protester contre les rations imposées par le gouvernement Allende, elles ont été un instrument des manifestations dans ce pays jusqu’à la prise de pouvoir de Pinochet en 1973, pour réapparaître durant la crise économique de 82-83.

Les casseroles sont un moyen de faire du bruit, d’attirer l’attention du monde. Et ça marche! Juste à voir la réaction internationale depuis qu’on sort dans la rue pour faire résonner nos batteries de cuisine, on se demande pourquoi on n’a pas importé l’idée avant. Pourtant, d’autres mouvements de contestations ont emprunté la formule avant nous: l’Argentine en 2001, l’Espagne en 2003, l’Islande en 2008… et le Chili encore, pas plus tard qu’en 2011, dans le cadre de – vous l’aurez deviné – la grève étudiante.

Les casseroles sont aussi un symbole féministe, sachant que le domaine de la cuisine (non-professionnelle et familiale) est traditionnellement un domaine féminin. La casserole provient du domaine du privé et sort dans la rue, dans le politique. En l’utilisant pour le tintamarre, c’est lui donner un sens nouveau, un son génial contre une loi «spéciale» spécialement dangereuse pour les droits et libertés des Québécois.e.s.

Si la casserole est politique en ce printemps rouge, on ne pourra pas mieux détourner et subvertir la phrase antiféministe classique: «Retournez à vos chaudrons».

Certain, qu’on va y retourner. Chaque soir, 20h.

 

Écrit à quatre mains par Marie-Anne et Marie-Élaine.