J’ai appris à l’université que l’hétérosexualité est une construction sociale dans un cours sur l’homosexualité. Mon monde s’est effondré (ou presque). C’est que, dans mon imaginaire, le genre se voulait socialement construit et l’orientation sexuelle avait pour assise la biologie. Et pourtant, je suis féministe.

Or, que penser de l’orientation sexuelle lorsqu’on est féministe? N’y a-t-il pas des liens entre les luttes des personnes gaies, lesbiennes, bisexuelles et transgenres, et des féministes? Si oui, quelles sont les connexions entre le mouvement  LGBT et le mouvement des femmes?

Il semblerait que plusieurs liens existent entre les luttes LGBT et féministes. Dans un premier temps, les deux mouvements se rejoignent en ce qu’ils mettent en lumière les revendications de groupes marginalisés, opprimés par la contrainte à l’hétérosexualité et la binarité des genres. D’ailleurs, il y a même un courant de la pensée féministe qui fait le lien entre les deux mouvements : la théorie queer.

Une définition pour laquelle j’ai un penchant circonscrivant avec justesse le queer est celle de  Diane Lamoureux « [est] donc queer (…) ce qui interroge nos catégories de pensée, ce qui appartient à la déviance par rapport à une norme qui se présente comme claire et délimitée ».

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D’abord théorisé dans un texte de Teresa Lauretis en 1991, le courant féministe queer se veut influencé par la  philosophie post-moderne. Pour les féministes queer, la division hermétique hétérosexuelle/hétérosexuelle qui imprègne la société renforce la dichotomie entre les genres féminin et masculin. Pour les théoriciennes queer, la binarité des genres émanant de l’hétéronormativité emprisonne les individus dans un script que ceux-ci sont contraints de suivre.  Judith Butler parlera du genre performatif : « l’humain ne naît pas avec un genre fixe et naturel, mais ce genre se réalise jour après jour à travers les normes et les contraintes, et c’est de cette répétition quotidienne qu’il tire son apparente stabilité cohérence et naturalité qui sert ainsi de base au cadre hétéronormatif et hétérosexiste. »

L’hétérosexualité étant la norme, les homosexuel(le)s et les femmes au genre atypique sont marginalisé(e)s. Bien que je n’appartienne pas à la communauté LGBT, je me plais à me dire queer. Je rejette la contrainte à l’hétérosexualité et le binarisme des genres. Féministe et queer, j’adhère au postulat selon lequel le genre est un construit social, selon lequel on ne naît pas femme, mais on le devient. En outre, je crois en l’approche constructiviste de l’orientation sexuelle selon laquelle l’identité (homosexuelle par exemple) se veut une construction sociale plutôt qu’un ensemble d’actes (homosexuels). En d’autres mots, je considère comme vrai la  fluidité sexuelle, cette notion de la sexologue Véronique Vincelli selon laquelle « l’orientation sexuelle est une construction multidimensionnelle et multifactorielle ».

Dans un second temps, un autre lien à tracer entre le mouvement des femmes et entre le mouvement LGBT est cette propension à se créer une identité. Ainsi, ce que signifie d’être une femme varie selon l’époque et le contexte socioculturel, tout comme ce que signifie d’être LGBT. Par exemple, l’homosexualité a été conçue pendant des décennies comme une identité liée à l’anormalité, aux perversions sexuelles et à la dégénérescence. À ses débuts, sous l’impulsion des domaines médical et pénal, l’identité homosexuelle ne se voulait pas une identité positive ou revendicatrice jusqu’au années 1960.

Tout comme le devenir femme, l’identité homosexuelle a changé avec à travers les décennies. Par conséquent, l’un pourrait, pour reprendre les mots de Simone De Beauvoir, affirmer qu’on ne naît pas homosexuel, mais on le devient.