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Étant de nature misanthrope, j’ai toujours un peu fantasmé sur l’idée de devenir une ermite.  Si je vivais de manière recluse, je n’hésiterais pas une seconde : les seuls poils que je raserais seraient ceux sur mon crâne et tant pis pour le reste. Au diable le high maintenance des longs cheveux lustrés et du corps glabre et lisse ; mon esprit (et le gros bon sens) me dicte que l’inverse est beaucoup plus logique. Le fait est que je n’ai pas toujours le courage de mes convictions. Même si les scientifiques répètent que si nous avons des poils, c’est pour une bonne raison, je m’entête à leur mener une guerre féroce, et ce, depuis ma puberté. (Sans entrer dans les détails, je vous dirai que je suis blonde naturellement, alors on peut s’imaginer la transparence de ma pilosité et donc le ridicule de la chose. . .)

Je me suis toujours questionnée sur cette ferveur de notre société à rendre les femmes imberbes ; plusieurs blâment la pornographie, et j’ajouterais même que cela tient de la pédophilie. Un sexe complètement épilé est fait pour ressembler à celui d’une petite fille, on s’entend là-dessus.

C’est pourquoi je grince des dents si fort quand je vois des campagnes de publicité comme celle de Veet, intitulée «Don’t risk dudeness»et se déclinant en quatre spots de trente secondes.

Dans la première publicité, on voit une jambe d’homme enlacer un autre homme dans un lit le matin. L’homme caresse la jambe, est horrifié de toucher du poil, se retourne vers l’autre qui dit, d’une voix de femme «Oui je sais, je suis un peu piquante, je me suis rasée hier». Donc, se raser chaque jour ne suffirait même pas, selon la compagnie Veet! Sortez la mousse chimique qui schlingue, que mes jambes restent douces plus de 24 heures, sans quoi mon homme aura l’impression d’en caresser un autre!

Dans la deuxième publicité (qui a apparemment été retirée d’internet), une femme allongée sur une civière se fait déchirer son jeans par une ambulancière et la supplie de ne pas déchirer plus haut comme elle est poilue. Conclusion ;  nous devons être prêtes à toute éventualité, car après tout, même en danger de mort, nous devons nous inquiéter pour notre pilosité! C’est d’un ridicule flagrant, et des Américains ont même commenté ; «Si j’étais une femme, j’arrêterais de m’épiler pour protester!»

Dans la troisième publicité, une femme se fait faire une pédicure et l’asiatique qui la lui fait (parce que bien sûr, c’est une asiatique, un cliché en attirant un autre) remonte le bas de son pantalon et est terrorisée par la vue du poil de mollet de sa cliente et y va de commentaires tels que «C’est vraiment horrible». Parce que oui, même les autres femmes vont te juger si jamais tu ne t’épile pas!

Dans la quatrième publicité et non la moindre, une superbe femme en robe hèle un taxi, et le chauffeur du taxi s’approche, intéressé, sourire coquin aux lèvres…avant de remarquer que la jolie femme a du poil sous les bras. Remarquant son regard changeant, la femme (devenu un homme) soupire et dit «Je me suis rasée hier» , pendant que le chauffeur s’éloigne rapidement, l’air choqué. Aussitôt que tu affiches des poils, tu perds absolument tout ton sex-appeal. 

Je suis tout à fait contre le cliché de la féministe poilue qui brûle son soutien-gorge, mais quand le monde de la publicité nous impose de telles ordures, j’ai honnêtement envie de faire un bras d’honneur à la société patriarcale et de jeter mon rasoir. Sérieusement, si le poil est «revenu à la mode» chez l’homme avec les hipsters qui ont remis les barbes/moustaches/poils de chest au goût du jour, pourquoi n’en est-il pas de même pour les femmes? D’ailleurs, quand le Movember  a suscité le No Shave November*, nombre d’insultes «constructives» ont été lancées sur le web, telle que « If you’re doing the No Shave November, you’ll also have the No Sex November». Parce que, bien sûr, une femme poilue ne «mérite pas» d’être baisée, même si elle cesse de s’épiler pour une bonne cause. (Et bien merci, je pratiquerai l’abstinence sans problème, au revoir).

Par chance, certains artistes comme Ben Hopper essaient de normaliser les femmes poilues. Dans son exposition intitulée « Natural Beauty« , il a photographié des femmes aux aisselles poilues et le résultat est , selon moi, tout à fait sublime. Le photographe explique sa démarche en mentionnant le lavage de cerveau de plus d’un siècle de l’industrie de la cosmétique, et en disant que ses photographies sont en fait une protestation, faite pour susciter une discussion. Il créé un contraste entre ce qui est «à la mode» et la beauté crue de ces femmes aux aisselles poilues.

De mon côté, je vais continuer de m’épiler quand bon me semble, c’est-à-dire seulement quand j’en ai envie, et je ne laisserai JAMAIS personne me dicter la fréquence de mes séances de rasage. Et vous? Que pensez-vous de cette guerre acharnée de l’industrie des cosmétiques contre la pilosité féminine?

 

* No Shave November : Pour amasser des fonds pour des organismes de charité, les femmes cessent l’usage du rasoir et autres objets dépilatoires pendant tout le mois de novembre.