Culotte-poilue-21

Mon texte de dimanche dernier, La Touffe, dans lequel je tentais de déconstruire l’idée que l’épilation est une obligation, une fatalité «naturelle», que toutes les femmes doivent s’y plier absolument, sous peine de susciter le dégoût et le rejet, a généré énormément de réactions.

Je m’attendais bien à quelques-unes, mais ce fut plutôt la déferlante. D’ailleurs, à ce jour, il s’agit du deuxième texte le plus lu sur mon blogue.

Comme le tweetait récemment le blogueur au magazine L’Actualité Mathieu Charlebois, «si tu penses qu’on vit dans une société matriarcale post-féminisme, poste la photo d’une aisselle féminine poilue et checke les commentaires».

Je ne peux pas dire que j’aie reçu une tonne de commentaires négatifs, non, mais disons qu’un sujet aussi anodin en apparence que la pilosité corporelle ne laisse apparemment pas grand monde indifférent, comme si tous avaient quelque chose à dire sur le sujet.

Mon préféré parmi tous les messages reçus? Un long, très long commentaire, qu’a pris la peine de m’écrire un homme dans la fin vingtaine, qui tient à conserver l’anonymat.

C’est le feedback le plus intéressant à mes yeux parce qu’il ajoute de l’eau au moulin de ma réflexion en me montrant un autre versant des choses, celui des hommes qui en ont marre eux aussi de ces stéréotypes féminins, mais qui sont en quelque sorte tout autant englués dedans.

Je vous reproduis donc son message en entier, sans autre commentaire de ma part.

J’ai lu ton billet, c’est bon. J’irai même plus loin en te disant un truc qu’il est normal que tu ne t’es pas sentie obligée d’aborder, puisque il ne fait évidemment pas partie de ton ressenti.

Non, je ne vais pas te dire qu’en tant que gars, on ressent désormais une pression à s’épiler (le dos, l’entre-sourcil, le chest, etc.). C’est un peu vrai, mais là n’est pas l’affaire.

Ce que je veux te dire c’est que, même en tant que gars, ça devient gênant de dire que ça ne nous dérange pas qu’une femme ait du poil. Tu peux vraiment te faire shamer quand tu dis ça.

Ce que je veux dire par là, c’est que, personnellement, l’idée d’un sexe glabre me dégoûte et me donne un sentiment de déviance pédophile dont je ne me libère pas. Je suis totalement indifférent envers les jambes faites ou non faites (je ne le remarque même pas quand c’est pas fait, faut que la fille me le dise. À la limite, j’aime mieux un duvet soyeux et assumé qu’un mollet qui pique…).

Et si j’ai été à prime abord surpris le jour où je suis tombé sur une fille qui ne se rasait pas les aisselles, je me dois aujourd’hui de témoigner que c’est aussi la femme avec qui j’ai connu la relation la plus libre et et la plus épanouie, où la communication était la plus riche et facile (et au lit… Je ne te dis pas… Dix ans plus tard, toujours invaincue!) Dans ma psyché, ça m’a laissé l’idée que c’est parce que je me trouvais face à une personne qui s’assumait totalement, qui se prenait comme elle était.

Tout ça pour dire que, si les filles ont une pression de se conformer à ce genre de trucs, les gars aussi ont une pression de « vouloir » ça. Quand je dis ça à mes chums de gars, je reçois de l’étonnement, de l’incrédulité et des sarcasmes. Quand je l’ai dit aux filles avec qui j’ai été, c’est presque du dégoût que j’ai cru percevoir dans leurs yeux. Bref, c’est quand tu n’aimes pas le fait qu’une fille cherche à avoir l’air d’avoir 12 ans que tu passes pour un déviant. Décourageant…

J’irai même plus loin. La nudité, c’est de se présenter tel que l’on est, sans artifice, ni protection, sans rien couvrir, cacher ou modifier. J’en conclue donc qu’une personnes est « plus nue » quand elle a du poil que quand elle n’en a pas. En épilant et en rasant, on s’habille en fait, paradoxalement. On couvre, on cache ce que l’on est, par coquetterie ou par conformisme, on modifie son apparence.

Encore là, c’est légitime, les femmes font ce qu’elles veulent de leur corps (pareil pour les hommes), selon ce que leurs valeurs, leurs apprentissages, leur ressenti ou leurs goûts leur dictent. Mais oui, c’est tout à fait faux de prétendre que c’est un choix.

Conclusion : je t’ai fait ce commentaire en privé plutôt qu’en public, parce que oui, je trouve ça gênant à assumer. Ce qui prouve, d’un point de vue masculin, la justesse de ton point.

 

Billet d’abord publié sur La semaine rose