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Je n’ai jamais suivi la mode, ni été à la mode. Qu’on se comprenne ; oui, j’ai un style défini, mais ce dernier est le même depuis dix ans. Seulement, quand j’étais à la polyvalente, on me traitait de grunge en me criant par la tête que Kurt Cobain était mort et que je devais décrocher de mes jeans Levi’s achetés dans des sous-sols d’églises et de mes cardigans aux couleurs neutres empruntés à ma mère. Maintenant, on me qualifie de hipster, parce que c’est rendu cool d’acheter vintage.  Oh well. Peut-être que dans cinq autres années je serai à nouveau marginalisée d’une autre manière, c’est le cycle de la vie. Honnêtement, ça ne pourrait pas me passer plus haut au-dessus de la tête. Je vais continuer à payer mon linge le moins cher possible en restant le plus fidèle à moi-même  / plus confortable possible.

Tout ça pour dire que, parfois, je me sens hors de mon élément. Comme quand j’ai fait un contrat de maquillage pour un événement privé qui incluait des défilés de mode. Au départ, ma tâche était de faire des retouches maquillage sur les invitées dudit événement, ce qui me convenait tout à fait, mais comme l’équipe de maquilleuses pour les mannequins était trop petite, je me suis ensuite jointe à elles. Ce que je voyais backstage m’horripilait ; le gigantesque écart entre le traitement des mannequins hommes versus les mannequins femmes me répugnait.

D’abord, les hommes pouvaient se changer en étant camouflés derrière un mur de boîtes ; les femmes, elles, devaient se changer devant tout le monde (et comme la majorité d’entre elles ne portaient que des g-strings sous leurs robes, ça laissait peu à l’imagination). L’événement se déroulant dans un gros entrepôt dont la porte restait ouverte, elles pouvaient donc être vues de la rue, en plus d’être promptes à geler à cause des courants d’air.

Un des défilés se faisaient en lingerie (déshabillés pour les femmes, boxers serrés pour les hommes). Si les hommes avaient du poil pubien qui sortait du haut de leurs bobettes, personne ne chignait ; par contre, si les femmes avaient un petit poil incarné sur une cuisse VITE! AU CACHE-CERNE! De plus, les maquilleuses voulait faire ressortir les OS des mannequins femmes à grands coups de contouring et de high lights (comme si ces filles n’étaient pas assez sveltes comme ça). Les jeunes demoiselles étaient toutes très grandes et filiformes, coiffées de la même manière pour qu’elles soient clonées le plus possible; les jeunes hommes, eux, étaient de toutes sortes de grandeurs et de musculatures, avec toutes sortes de coiffures et même de tatouages apparents. Pourquoi les femmes doivent toujours être génériques alors que les hommes, eux, peuvent se différencier?

Qu’on se comprenne bien, j’avais une petite idée de ce qu’était un défilé de mode professionnel, je ne suis pas complètement naïve et je ne vis pas dans une grotte. Mais de voir ça se dérouler sous mes yeux (les filles pelotonnées l’une contre l’autre, en g-string, les mains sur les seins, frissonnant de froid) m’a donné tout un choc. Et c’était un événement privé de petite envergure, au Québec, où l’on se targue si souvent d’être TELLEMENT ouverts à la diversité corporelle et blablabla. Je trouve qu’il y a CERTAINEMENT un GROS bout de chemin à faire, et que l’on devrait justement commencer à montrer l’exemple dans les événements plus undergrounds, parce qu’habituellement, la petite subculture finit bien souvent par influencer les plus grands de la mode (que l’on pense à l’influence du grunge sur Marc Jacobs, par exemple).

Est-ce que c’est moi qui ne comprend rien à la mode?
Est-ce que l’on peut changer les choses « de l’intérieur»?
Ou est-ce que c’est une cause perdue?